Carême 2016 : de la pénitence à la miséricorde

vendredi 5 février 2016
par  Yves Guégan
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En ce mois de février 2016 va commencer, pour les chrétiens, le temps du Carême. Pour certains d’entre nous, les plus âgés peut-être, le mot ’Carême’ reste attaché à une signification quelque peu négative : Carême rime avec jeûne, privation et surtout pénitence. Pour les générations plus jeunes, cette orientation janséniste et doloriste est difficilement audible, voire incompréhensible.

Ouvrant sa Bible, le chercheur de Dieu ne trouvera pas, tel quel, le mot ’Carême’. En effet, parcourant l’Évangile de Marc, on peut lire : « Et aussitôt, l’Esprit le pousse au désert. Et Il était dans le désert durant quarante jours, tentés par Satan. Et Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient » (Mc 1, 12-13). Dans cette version du texte – minimaliste par rapport aux deux autres évangiles synoptiques de Mathieu et Luc – décrivant le séjour de Jésus au désert, on retrouve l’essentiel du sens à donner au mot ’Carême’ : cheminement de Jésus avec l’Esprit, séjour de quarante jours dans le désert (quarante étant le nombre ’biblique’ symbolisant la durée nécessaire à la réalisation des grands changements : on pense aux quarante jours du déluge, aux quarante ans de pérégrination du peuple hébreu dans le désert du Sinaï), confrontation avec Satan (littéralement, en hébreu, Satan est celui qui nous fait dévier – ’SâTaH’ – du chemin et aussi celui qui nous persécute et qui accuse – ’SâTaN’).

L'Enfant Prodigue, sculpture Centre Spirituel de la Roche du Theil (35)
L’Enfant Prodigue, sculpture Centre Spirituel de la Roche du Theil (35)

Lire ainsi le Carême comme uniquement un moment de pénitence, où l’on se doit de souffrir un peu voire beaucoup, est certainement réducteur, éloigné du texte biblique : peut-être que dans le passé – proche ou lointain – poussé par une ’théologie de la crypte’ plutôt que par une ’théologie du vitrail’, pour reprendre une image chère à l’historien Georges Duby, le chrétien a surtout retenu du Carême le côté sacrifice. Le risque alors est qu’on devienne des champions du jeûne ou de l’abstinence, qu’on se sacrifie soi-même (et aussi peut-être les autres), oubliant la miséricorde de Dieu ; par une sorte de renversement, le désir de Dieu se mue alors en désir d’être Dieu.
Le psalmiste, en dialogue avec Dieu, nous le rappelle : ’car Tu ne prends aucun plaisir au sacrifice ; un holocauste, Tu n’en veux pas ». (Ps 51,18) ; le psaume continue : « en Ton bon vouloir, fais du bien à Sion : rebâtis les remparts de Jérusalem » (Ps 51,20). Une lecture ouverte et miséricordieuse de ces versets, traduisant le relèvement des remparts de Sion-Jérusalem comme le signe du pardon de Dieu, nous éclaire ainsi sur la signification cachée du Carême :
un temps privilégié, à l’écart du tumulte de notre quotidien (le « désert »),
nous permettant de changer réellement notre vie (les « quarante jours »),
en dépit des difficultés de l’existence (la « tentation du diviseur »),
permettant, à la fin, la rencontre du Ressuscité de Pâques.

Que ce Carême 2016 soit, pour vous tous, source de joie, en cette Année de la Miséricorde, cette année si particulière proposée par le Pape François.
Yves GUEGAN – Pont-Melvez


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