Césaire le Coent - Mab Loïz, poète de Kérien.

mercredi 13 janvier 2016
par  Jef Philippe
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Sur notre site paroissial nous nous proposons de faire une place aux artistes de la région de Bourbriac qui ont exprimé leur foi dans leurs œuvres : poètes, écrivains, peintres et autres…
Pour commencer, voici un aperçu du talent de Césaire le Coent (1876-1963), né à Bourbriac mais dont la vie s’est écoulée à Kérien.
Cliquer sur certaines photos pour les agrandir.

Portrait de C. le Coent  -  voir en grand cette image
Portrait de C. le Coent
©2014 Rachel Larcher

 A) Introduction

Qui, à Kérien, se souvient de Césaire le Coent, barde Mab Loïz (= fils de Louis) ? Décédé en 1963 à Coat-Mael en Mael-Pestivien, il a laissé beaucoup de cahiers de poèmes, ayant peu publié. C’était un homme de foi, amoureux aussi de sa Bretagne et de sa langue bretonne.

On trouvera ci-dessous : la plaque posée sur sa tombe (B), un bref résumé de sa vie ©, extrait du livre de Lukian Raoul : Geriadur ar skrivagnerien ha yezhourien (dictionnaire des écrivains et linguistes, éd. Al Liamm, 1992). Nous avons trouvé, grâce à des membres de sa famille, quelques photos de l’auteur.
Après ces notes on pourra lire la traduction de la préface écrite en breton par l’écrivain Ernest le Barzic, barde Roh Vur (D), pour le recueil de Le Coent : Kan ha Pedenn (Chant et Prière).
Enfin, deux poèmes de ce même recueil bilingue (E). En post-scriptum on trouvera les noms des Le Coent qui furent maires de Kérien.
Une des petites-filles du barde, sœur Marie-Pascale, est religieuse, membre de la Communauté des Béatitudes. C’est elle qui a fourni la plupart des photos. Elle garde bien vive la flamme de la foi et de la poésie, ayant elle-même publié plusieurs recueils de poèmes. Ainsi, à l’heure où l’on se plaint de la difficulté de transmettre la foi et bien des valeurs, il arrive que le relais… et le talent passent tout de même entre les générations… (J. Philippe)

 B) Plaque tombale

Plaque apposée sur la tombe de M. et Mme C. Le Coent, (cimetière de Kérien) et traduction. Lors de la gravure de cette plaque, Le Coent avait encore 29 ans à vivre…

Plaque sur la tombe de C. le Coent, cimetière de Kérien. -  voir en grand cette image
Plaque sur la tombe de C. le Coent, cimetière de Kérien.

Karet an eus ma fark, ma zi,
Karet am eus ma bro ken kaer,
Me garfe c’hoaz, rôk kimiadi,
Kana, o Breizh, da holl douster.
(a Gerloued / 28 mae 1934)

J’ai aimé mon champ, ma maison,
J’ai aimé mon pays si beau,
Je voudrais encore, avant de dire adieu,
Chanter, ô Bretagne, toute ta douceur.
(à Guerloued, 28 mai 1934)

 C) Lukian Raoul : notice sur Césaire Le Coent (traduction J. Ph.)

Le Coent, Cézaire
Mab Lo(e)iz, Tad Koz, Barz Kerlouet
(Boulbriag, 26.01.1876/Mael-Pestivien 10.07.1963)

Barzh. labourer-douar e Kerlouet e kumun Kerien (Kernev-Uhel) ma voe maer anezhi. En e 58 vloaz e oa pa grogas da skrivañ e brezhoneg. Erwan ar Moal, hag a anaveze mat anezhañ, en doa goulennet barzhonegoù ha kanaouennoù digantañ evit e gelaouenn Breiz. Dre ma reas berzh mat e skridoù kentañ e talc’has goude-se da genlabourat gant Breiz betek ar brezel, ha gant kelaouennoù all betek e varv. Barzh er C’hursez a voe graet anezhañ e 1939, e Gwened. [suivent quelques titres de poèmes]

Traduction :
Le Coent, Cézaire [sic ; il signait aussi Kezair ar C’hoent]
Mab Loïz, Tad Koz, Barz Kerlouet (Noms de plume : Fils de Louis, Grand-Père, Barde de Kerlouet)
Poète. Agriculteur à Kerlouet dans la commune de Kérien (Haute-Cornouaille) dont il fut maire. Il avait 58 ans quand il commença à écrire en breton. Erwan ar Moal, qui le connaissait bien, lui avait demandé des poèmes et des chansons pour son journal Breiz. Comme ses premiers écrits eurent du succès il continua par la suite à collaborer avec Breiz jusqu’à la guerre, et avec d’autres périodiques jusqu’à sa mort. Il fut fait Barde du Gorsed en 1939, à Vannes. [NB 1 : sur sa plaque mortuaire, on a fait graver « druide » et non « barde ».)]
[NB 2 : une des œuvres de Mab Loïz ne semble pas avoir été éditée : sa pièce de théâtre Ar Zedach (Le ZH), restée à l’état de manuscrit (Archives du Finistère, fonds Jaffrennou-Taldir).

Photos

Césaire le Coent en militaire
Césaire le Coent en militaire


Césaire le Coent, sous-officier de réserve -  voir en grand cette image
Césaire le Coent, sous-officier de réserve


Le barde vers 1913-1913
Le barde vers 1913-1913


Marie Courtois, épouse de C. Le Coent -  voir en grand cette image
Marie Courtois, épouse de C. Le Coent

 D) Préface de Kan ha Pedenn

-traduction du texte breton de l’écrivain Ernest ar Barzic-Roh Vur.

Couverture du recueil Kan ha Pedenn - Chants & Prière -  voir en grand cette image
Couverture du recueil Kan ha Pedenn - Chants & Prière

Préface

« Foi et poésie,
éléments naturels de l’âme bretonne. »

Mab Loïz

Je dois vous avouer d’emblée que Mab Loïz ne m’a absolument pas demandé cette préface. Non, voici quelle était son attente : « Vous, dit-il, qui êtes là-bas à Rennes, la Capitale, faites quelque chose de ce manuscrit. »

Voici donc devant moi un cahier de 80 pages rempli de poèmes en breton et en français. Et qui en est l’auteur ? Un timide jeune homme quelconque ? Eh bien non, loin de là, c’est le contraire qui est vrai : Césaire Le Coent-Mab Loïz est un homme de bel âge, puisqu’il en est à ses 84 ans !

Voici comment je fis la connaissance de Mab Loïz : quelques-unes de mes petites œuvres lui avaient plu, et je reçus de lui une aimable lettre. Dès que je fus en vacances à Mur, je cherchai à aller à Kérien. Un jour, un ami m’invita à me jucher à l’arrière de son scooter, et nous voilà partis tous les deux. Nous étions en août, mais le temps n’était pas beau, loin de là. Nous fîmes cependant une fort belle balade par Saint-Gelven, Saint-Nicolas et Lanrivain, restant plus d’une fois admirer l’eau claire de rivières comme le Sulon, la douceur des vallées et l’ampleur des collines garnies d’énormes rochers de granit, au milieu des tendres couleurs des bruyères et des fleurs d’ajoncs.

Kérien. À une demi-lieue du bourg se situe Kerlouet, un gros village, beau avec ses arbres élévés. On nous indiqua la maison de Mab Loïz, un beau corps de ferme d’allure cossu. Ici, Mab Loiz a trimé toute sa vie (1) d’agriculteur. Une de ses filles lui a succédé et le vieux barde est resté avec elle et son mari. Personne dans la grande cuisine claire et propre, personne non plus dans la salle aux beaux meubles qui accueillit des gens importants… J’ai beau donner de la voix, nul ne me répond… « Peut-être que Mab Loïz dort, me dis-je, ou alors… (une émotion m’étreint le cœur) il est cloué au lit… » Hop ! À l’étage… Une porte entrouverte… Personne dans le lit, mais j’ai trouvé la chambre de Mab Loïz : ce que je vois d’abord est le grand dictionnaire de Le Gonidec, plus loin la grammaire latine de Petitmangin et ailleurs, un peu partout, d’autres livres et cahiers. Redescendu, e trouvai dans un jardin, malgré le temps aigre, un vieil homme au large chapeau et en sabots, en vêtements de travail. Il désherbait. « Hep, Mab Loïz, je suis Barzic-Roh-Vur… »
« Nom de nom, dit Mab Loïz, ça alors ! » Et le voilà qui jette son outil et qui m’embrasse.
J’avais devant moi un rondouillard aussi gai qu’une pièce de cinq sous, au pied léger et solide encore comme un homme de quarante ans.
Il n’y avait pas que des livres dans la chambre de Mab Loïz, il y avait aussi des bouteilles de liqueur, et on y goûta pendant que le vieil homme racontait sa vie. Il avait été bien scolarisé à Bourbriac et au séminaire de Plouguernével, puis il était revenu à ses champs. Il ne les a quittés que pour aller à la Guerre Quatorze dans la « Territoriale » [= Infanterie de Marine]. Bien qu’il ait beaucoup exigé de son corps aux champs, il est demeuré attaché à ses livres et à… sa plume. Pensez donc : soixante-dix épais cahiers pleins de poèmes ! Le vieux barde m’en lut plusieurs, de belles choses joliment inspirées. Bien sûr, son breton est correct, vivant et clair comme l’eau des sources cornouaillaises.
C’est sans son autorisation que je vous parle des prix littéraires du barde-laboureur : le prix Dailly, le prix Sully, le second prix du Gorsed [assemblée des bardes bretons]… Encore une fois, je n’ai pas eu le droit d’aller plus loin à ce propos.
Bien qu’il ait beaucoup écrit, le vieux barde a peu publié. Il a envoyé quelques vers à Kroaz ar Vretoned [La Croix des Bretons, édition en breton de la Croix] et à Breiz, car il était ami de François Vallée-Abherve et d’Yves le Moal-Dir na Dor qu’il choisit pour parrain au Gorsed de 1939. Il a bien connu également Taldir, Abalor, Ar Yeodet, et à plusieurs reprises le professeur Pierre Le Roux lui a écrit : « nom d’un chien, Ab Loïz [variante de Mab Loïz], il vous faut publier quelque chose, tout de même… »
Il a consenti à choisir une poignée de poèmes courts et les voilà… Des poèmes brefs, donc, sans orgueil, à l’image de ce que l’auteur a voulu demeurer tout au long de sa vie… Je ne chanterai pas beaucoup de louanges, mais, je le dis, j’aime les prières pleines de foi de Mab Loïz et les vers qu’il a écrits en breton et en français pour honorer ceux qu’il aima et le pays auquel il a toujours été attaché, le petit pays -son hameau et sa paroisse- mais aussi un pays plus grand, la Bretagne entière, la Bretagne avec sa foi chrétienne.
(1) Je n’ai pas dit l’exacte vérité… À trente ans, Mab Loïz est venu de Bourbriac à Kérien chez son oncle, André Le Coent, maire de la commune de 1870 à 1907 (le père d’André avait également été maire de Kérien pendant 30 ans. 67 ans donc entre le père et le fils !). Césaire aidait son oncle à faire ses écritures.
Le Barzic-Roh Vur

 E) Extraits du recueil Kan ha Pedenn

1) Ti ar barzh kozh

Ma zi bihan - didrouz ha klet -
A zo savet e-kreiz ar bed,
E-kreiz ar bed tostik d’an dour
O hiboudiñ e sonenn flour.

La maison du vieux barde
Mon humble demeure - loin du bruit, abritée -
S’élève au milieu du monde,
Au milieu du monde près d’une rivière
Murmurant sa douce chanson.

Na bras ar bed, douar ha mor !
Na bihan ’on ouzh toull ma dor,
An neñvoù glas a-us d’am fenn,
Uheloc’h c’hoazh ur vro divent.

Qu’il est vaste le monde - terre et mer -
Comme je suis petit sur le pas de ma porte,
Le ciel bleu au-dessus de ma tête
Et plus encore l’espace sans bornes.

O ec’honder, petra ’guzhez
Ouzh an dud paour leun a enkrez ?
O kaeradur, ober Doue !
Dellezek omp a gement-se ?

Oh ! immensité, que caches-tu
Aux yeux des humains si anxieux ?
Quel beau décor, œuvre de Dieu !
Méritons-nous cette splendeur ?

Dister ec’h on, aozer gerioù,
Hanter doc’hor ’treiñ pajennoù.
Kanañ ’r vuhez, kanañ ’r maro,
Hag ivez Breizh ar c’haerañ bro !

Je suis d’humble condition : pauvre barde
S’épuisant à ranger des mots :
Je chante la vie et la mort,
Je chante Breizh le beau pays !

2) Al lestr kevrinel

Feiz ha barzhoniezh, bevnatur ene breizhat./ Prière et poésie, composantes de l’âme bretonne.
I
O Lestr Kevrineg, freger gwagennoù,
Bruzuner kerreg hag an holl skolioù,
Pelech’ ma c’hasez, didrous, diec’han,
Gant da gerzh digemm war hent ar bed-mañ ?

O ! Vaisseau Mystique, pourfendeur des vagues,
Foudroyeur des brisants et de tout obstacle,
Où me conduis-tu, silencieux, sans arrêt dans
Ta course immuable sur les voies du monde ?

II

Nec’het ma ene ! Bez on en argoll
Ha diroudennet e-giz d’ur pennfoll ?
Ma fell din, un deiz, tizhout ma Salver
Daoust da rustoni en hent da gemer.

Mon âme est inquiète, suis-je en perdition
Et dévié du droit chemin comme un imprudent ?
Je veux, un jour, parvenir à mon Sauveur
Malgré la rugosité du chemin à prendre.

III

Bez dispouron mat, lestr an denelez
A droc’ho atav war an diaoulerezh,
N’ei ket d’ar goueled, n’hini ’zalc’h ar stur
’n eus karantez vras ’vit e grouadur.

Que ton âme soit en paix, le vaisseau de l’humanité
Triomphera des ruses du malin :
Il ne sombrera pas ; celui qui tient le gouvernail
Déborde d’amour pour ses créatures !

IV

Fiziañs leun etan kred ’n e vadelezh.
Bez kadarn, leal, bepred war evezh
Ha pa guz an heol, ’raok mont ’n ez kwele,
Goul digantañ c’hoazh adwelout an deiz.
Kae hep efreiz ’bet, krog er gordennad,
Ar re greñv a gas, holl, davet an Tad.

Confiance, donc, crois en sa bonté infinie.
Sois vaillant, fidèle, sans cesse sur tes gardes,
Et quand le soleil se cache, avant de prendre ton repos,
Demande au Seigneur de revoir le jour .
Va sans nul effroi, saisis bien la cordée,
Les âmes fortes entraînent les autres vers le Père.

Poèmes extraits de Kan ha Pedenn / Chants et prières, Le Cercle de Brocéliande, 1960. Traduction de l’auteur (recueil bilingue). Orthographe bretonne modernisée.

 Post-scriptum : quelques maires de Kérien

Césaire Le Coent fut brièvement maire de Kérien : il l’était en 1907 lors de son propre mariage. D’autres membres de sa famille s’illustrèrent dans cette fonction :
Jean-Louis Le Coent (1804 – 1878) signe comme maire du 16 août 1840 au 25 septembre 1870)
André-Marie Le Coent, cousin du précédent (1830 – 1907) : commence à signer le 4 octobre 1870 en tant que maire provisoire, puis maire, jusqu’au 5 décembre 1906.)
Intérim : Louis Courtois, adjoint.
Césaire Le Coent, neveu de André-Marie (1876 – 1963) : commence à signer le 29 avril 1907, jusqu’au 3 mai 1908.


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