La vie de saint Briac dans l’iconographie : Statues et vitraux.

lundi 26 octobre 2015
par  Jef Philippe
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Les briacins (habitants à la fois de Bourbriac et de Saint-Briac-sur-Mer) connaissent semble-t-il assez peu la vie de leur saint patron : cet article voudrait combler cette lacune et les aider, eux et leurs enfants, à mieux connaître leurs racines spirituelles. Nous y évoquerons la vie du saint, avant de montrer quelques-unes des « images » le représentant : des statues, des vitraux. Si nos lecteurs et lectrices en connaissent d’autres, nous serons heureux de recevoir leurs suggestions.

Saint Briac, confesseur, abbé, saint patron de Bourbriac, est honoré notamment à Bourbriac (Côtes d’Armor) et à Saint-Briac-sur-Mer (Îlle-et-Vilaine). Nous rappelons d’abord sa vie légendaire publiée par Albert Le Grand, puis nous nous ferons l’écho de l’opinion d’André-Yves Bourgès, qui a renouvelé les recherches à son propos. Au terme de cet article on trouvera en format Pdf le texte complet d’Albert Le Grand.
(Texte et photos : J. Ph. Cliquer sur les photos pour les agrandir).

 A) La légende pieuse…

La vie légendaire de Saint Briac le fait naître au VIe siècle en Hybernie (ancien nom de l’Irlande), dans la province d’Ultonie où son père, noble, exerçait des responsabilités. Précoce dans ses capacités intellectuelles et dans l’exercice de toutes les vertus, plutôt que de viser un poste prestigieux, il demande à être admis au monastère que Saint Tugdual, futur évêque de Tréguier, dirigeait au Pays de Galles : « il se rendit au pays de Wales en la grande Bretagne, non loin du Monastère dont saint Tugduval estoit Abbé… »
Il y mena la vie d’un religieux humble et exemplaire, s’appliquant aux tâches les plus ordinaires, jeûnant souvent, dormant à la dure et se consacrant à l’étude « des saintes Lettres » (= l’Écriture Sainte) en plus de la prière. Ordonné prêtre, il suit saint Tugdual venu s’établir en Armorique (qui ne s’appelle pas encore Bretagne). Ayant débarqué près du Conquet en pays de Léon, il séjourne dans le monastère fondé par Tugdual à Lanpabu, devenu depuis Trébabu (Finistère), puis avec son maître ils « allèrent saluer le Roy Deroch, cousin germain de S. Tugduval, lequel luy donna le val de Trecor pour y bastir son grand Monastere, dont le Saint l’en remercia, &, à son départ, luy laissa S. Briac, à sa requeste, pour donner ordre à la construction d’un Monastere qu’il desiroit fonder prés du chasteau & manoir de plaisance où il faisoit sa demeure, où, à présent, est la Paroisse de Boul-Briac. » (Albert Le Grand, La Vie des saincts de Bretaigne Armorique, 1637).

Bourbriac : l’actuelle chapelle de Bodfo (1948).

À la demande de Déroc’h, Briac fonda un monastère à Bodfo (ou Bod-fav, Bodfao), où il construisit une première chapelle dédiée à Notre-Dame. L’afflux des pèlerins attirés par la réputation du saint moine fut tel qu’il fallut construire des bâtiments pour les accueillir, ce qui fut fait à l’emplacement qui devint ensuite le bourg. Désireux de fuir ce tumulte, Briac se retira dans un lieu à l’écart, où il construisit son ermitage, son « péniti » (où se trouve actuellement la chapelle de ce nom). Il accomplit également un voyage à Rome.

Saint Briac, statue dans la chapelle de Pénity

Sa vie se peuple alors de récits de miracles, dont ceux qui sont représentés sur un vitrail de l’église de Bourbriac (derrière le catafalque, au fond de la travée nord) : la guérison d’un paysan mordu par un serpent, et la conversion, sur son lit de mort, d’un noble impie.
Il serait mort le 17 décembre 627, et est fêté le 17 décembre. Autrefois on le priait pour toutes sortes de maladies mentales ; rien n’empêche de le faire encore aujourd’hui !

 B) … et une approche plus réaliste…

Avec plus de vraisemblance que cette vie légendaire, les études récentes d’André-Yves Bourgès concluent que Briac serait plutôt un saint du IXe siècle, ce qui voudrait dire que la partie centrale de la crypte de l’église aurait été bâtie quelques dizaines d’années plus tard. « … De même que d’autres saints irlandais, il a participé au redressement spirituel de la Bretagne après les invasions normandes. » (Yannick Botrel : Aux origines de Bourbriac, tiré à part, septembre 2004). Voir l’article d’A-T Bourgès sur le web :
http://www.academia.edu/1205333/Les…

Il reste que ce saint irlandais fut l’organisateur de la vie chrétienne dans notre coin de terre. Nous lui devons, à lui et à ses frères moines, de nous avoir transmis la foi en Jésus-Christ.

 Dans la toponymie

Saint Briac est honoré dans différents lieux. Il a donné son nom à Bourbriac (= le bourg de Briac, autrefois Minibriac, contraction de Minihi Briac), à Saint-Briac et Port-Briac (Ille-et-Vilaine), à Lopriac (56), à Lan-Briac (Taulé, 29).
Pour légendaire que soit sa vie, elle a inspiré quelques artistes : un vitrail de l’église de Bourbriac lui est consacré, ainsi qu’une série de vitraux de l’église de Saint-Briac (35). Si on y ajoute les bannières et les statues du saint, on obtient un corpus iconographique dont nous donnons ici l’essentiel.

 Quelques statues de Saint Briac

Buste reliquaire de Saint Briac

Ancienne statue de Saint Briac (coll. particulière)

Statue de saint Briac(XIXe siècle), dans la crypte.

Statue de saint Briac (église de Bourbriac, dans le chœur)

Gisant de Saint Briac (catafalque au fond du bas-côté nord).


Ce moine à l’entrée du porche nord (Bourbriac) pourrait être saint Briac.

Tête de saint Briac moine (3e étage de la tour ouest).


Statue de Saint Briac, chapelle de Kergrist (Le Faouet, 22)

Statue de Saint-Briac par Arthur Guéniot, 1917, église St-Briac / Mer

 Bannières de saint Briac (Bourbriac).

Bannière ancienne de saint Briac.

Bannière récente de Saint Briac.

 Vitraux illustrant la vie de Saint Briac

La plupart de ces vitraux sont situés dans l’église Saint-Briac de Saint-Briac-sur-Mer. Celle-ci a été rebâtie de 1870 à 1875, sur l’emplacement d’un monument plus ancien. L’ancienne église datait de 1671, son clocher a été conservé.
Elle possède des vitraux du peintre et vitrailliste Auguste-Achille Alleaume (né en 1854 à Angers, mort en 1940 à Laval). Cependant, les vitraux illustrant la vie de saint Briac, dont nous n’avons pas pour l’instant identifié l’auteur, semblent dater des années de la reconstruction de l’église, ceux d’Alleaume étant plus modernes. Merci au briacin Thibaut Mercier qui nous a aimablement renseignés.

Eglise de Saint-Briac-sur-Mer (35)


Eglise de Saint-Briac-sur-Mer au début du XXe siècle.

 De Bourbriac à Saint-Briac-sur-Mer

Il ne semble pas qu’il y ait eu beaucoup de liens entre les deux communes, les deux paroisses. Cependant, l’abbé Loyer, dans son cahier de notes, écrit en 1926 : « M. l’abbé Le Bel, de Saint-Briac (Ille-et-Vilaine), élève au Grand Séminaire de Rennes, est venu en pèlerinage au tombeau de saint Briac, en reconnaissance d’une grande grâce obtenue par l’intercession de notre saint Patron. »

Les textes accompagnant les photos de vitraux sont extraits du livre du dominicain Albert Le Grand, La Vie des saincts de Bretaigne Armorique, 1637. Nous avons cru bon de laisser ces extraits dans le français de l’époque, qui ne présente pas de difficultés de compréhension et qui gardent ainsi toute leur saveur.
Pour mieux connaître l’église de Bourbriac, se reporter à l’article suivant (de ce même site, rubrique Patrimoine) :
http://www.paroisse-bourbriac.catho…

II. Briac, ayant receu l’habit, commença à mener une vie si exemplaire & religieuse, que les autres Novices le regardoient comme un modèle d’un parfait Religieux. Il chérissoit surtout l’humilité, laquelle paroissoit en toutes ses actions ;

Briac reçoit l’habit religieux. (Eglise de Saint-Briac/Mer).

V. Suivant cette permission, il choisit un endroit écarté & solitaire, en un coin de la forest, à la veuë du chasteau, duquel il estoit éloigné d’un quart de lieuë, où il fit bastir une petite Chapelle (attendant la commodité de bastir le Monastere), qu’il dedia à Nostre-Dame, laquelle, rebastie du depuis plus grande & spacieuse, est fort dévotement visitée des Pèlerins, pour avoir esté la première Église & Monastère fondé par S. Briac, & s’appelle Nostre-Dame de Bod-Fao.

La prédication de Saint Briac (Eglise de Saint-Briac/Mer).


Saint Briac fait édifier la chapelle de Bod Fav (= Bod Fao ou Bodfo), Eglise de Saint-Briac/Mer.

VII. S’en retournant, une fois, de son Monastère à son Hermitage, il trouva un homme pleurant, qui fuyoit devant un horrible serpent, lequel l’avoit déjà piqué & le poursuivoit encore, le Saint l’arresta, &, du signe de la Croix, donna la chasse au serpent & guérit parfaitement ce pauvre homme.

Saint Briac délivre un homme d’un serpent (église de St-Briac/Mer)

VIII. Estant, une fois au Chœur avec ses Religieux, chantant l’Office, il se trouva, dans la Nef de l’Église, un homme possedé du malin esprit, lequel hurloit si horriblement, qu’il troubloit tout le Chœur & épouventoit le peuple ; ce que voyant S. Briac, il alla vers luy, & , ayant donné la chasse au diable, le delivra entierement.

Saint Briac délivre un possédé ((Eglise de Saint-Briac/Mer).

IX. Ayant traversé le royaume de France, il se rendit en un havre de Provence, attendant quelque vaisseau pour s’embarquer. Une fois, estant sur le port, il vid en haute mer un navire tellement battu & harassé du mauvais temps, qu’on n’attendoit que l’heure qu’il coulast à fonds ; S. Briac en eut pitié, pria Dieu pour eux, &, tout à l’instant, la tourmente cessa, & le navire fut, d’un bon vent, porté dans le havre, duquel les matelots, sautans à terre, vinrent remercier S. Briac, d’autant qu’ils avoient sensiblement expérimenté l’efficace de son Oraison.

Saint Briac sauve un navire en détresse.

IX (fin). Le saint Abbé leur demanda quelle route ils tenoient ; &, ayant entendu d’eux qu’ils tiroient vers le port de Gaïette, à l’embouchure du Tybre, il s’embarqua avec eux, & ayant navigué la mer Méditerranée le long de la côte, arriva, le 5. jour, à Gaïette, & de là alla à Rome, l’an 578 & fut prendre la bénédiction du Pape saint Pélage II qui l’enrichit de plusieurs précieuses Reliques.

Saint Briac rencontre la pape à Rome (Eglise de Saint-Briac/Mer).

XI. Retourné de ce voyage, il fut voir un certain personnage, lequel avoit, jusques alors, mené une vie sainte, retirée & exemplaire, ne respirant que Jésus-Christ Crucifié, &, comme tel, tenu & honoré de tout le peuple ; mais le diable, fin & rusé en fait de séduire les Âmes, le tenta si bien de vaine gloire & présomption, qu’il commença à mépriser les autres, &, peu à peu devint si dédaigneux & superbe, qu’à peine permettoit-il à personne de luy parler. […] S. Briac, averty de cela, le fut voir & l’exhorta à la patience ; mais il n’y avoit moyen de l’y résoudre : alors, le saint Abbé, s’estant retiré à part, fit sa prière & luy obtint une entiere & parfaite résignation à la volonté de Dieu ; puis, l’ayant confessé, se retira, &, quelques jours après, l’estant venu revoir, il le guérit entièrement.
Le vitrail ci-dessous, situé au fond de la travée nord de l’église de Bourbriac (derrière le sarcophage du saint, illustre cet épisode (haut du vitrail) et également celui de l’homme mordu par un serpent. Ce vitrail fut réalisé par les établissements Léglise, de Paris, en 1931, sur des cartons de H.M. Magne.

Haut : Saint Briac convertit et guérit un révolté. Bas : il délivre un homme d’un serpent. (église de Bourbriac)

XII. Il fit appeler tous ses Religieux, &, en leur présence, receut le saint Viatique & l’Extrême-Onction ; puis, les ayant exhortez à l’Amour de Dieu & Observance de la Règle, levant sa main, leur donna sa bénédiction, &, après quelques colloques amoureux qu’il tint à un Crucifix, qui estoit au pied de sa couche, sa sainte Âme s’envola au Ciel, le 17 Décembre l’an de grâce 627.

La mort de Saint Briac (Eglise de Saint-Briac/Mer).

Ci-dessous, le texte d’Albert le Grand en Pdf. (Merci à Jean Cognard, du site Grand Terrier.)

Vie de saint Briac par Albert le Grand.

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