Le chanoine Emile Le Déréat (1884-1946)

dimanche 2 août 2015
par  Jef Philippe
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Article nécrologique adressé à Mgr Serrand, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, par M. le chanoine Le Charlès, supérieur de la Maison de Retraite du Carmel, en date du 21 octobre 1946.
Nous y avons ajouté des documents au sujet de la chapelle de Bodfo, rebâtie en 1948 suite à un vœu du chanoine.

 D’illustre mémoire : le chanoine Le Déréat

Les anciens briacins se souviennent du chanoine Emile Le Déréat, qui succéda au chanoine Jean-Marie Guillou (1861-1931) comme curé-doyen de Bourbriac. Des documents nous informent que le nouveau curé refusa, faute de moyens financiers suffisants, d’achever les vitraux que son prédécesseur avait commandés à l’entreprise Léglise (de Paris) : c’est la raison pour laquelle les vitraux du bas-côté sud de l’église ont leur centre en blanc, ceux du bas-côté nord comportant des scènes de la vie des saints honorés dans la paroisse de Bourbriac. (J.P.)

 Personnalité du chanoine É. Le Déréat par le chanoine Le Charlès

Le chanoine Emile le Déréat -  voir en grand cette image
Le chanoine Emile le Déréat

"Les nombreux élèves et les nombreux amis de M. le chanoine Le Déréat n’auront pas appris sans émotion sa mort survenue à la Maison de Retraite hier vers quinze heures. Je la prévis dès samedi matin, où il reçut avec piété, en répondant à haute voix aux prières, le dernier sacrement.
Pour les prêtres de ma génération qui l’ont connu comme directeur au Grand Séminaire, le prêtre qui vient de disparaître était le dévouement personnifié. Il était un bon pasteur. Que de fois n’a-t-il pas porté, au retour de promenades, des enfants fatigués sur ses robustes épaules, en chantant comme eux avec un accent guingampais non moins vigoureux quelque entraînant refrain ! Celui qu’avec beaucoup de respect et d’affection nous appelons familièrement entre nous « tonton Émile » courait réellement à la recherche des agneaux égarés, pour leur enseigner par la parole, et plus encore par l’exemple, la voie droite.

 Directeur au Grand Séminaire

Nous savions que son dévouement, ses succès à Trémel et ses talents de classier avaient décidé Monseigneur Morelle à le nommer directeur au Grand Séminaire, pour préparer aux examens les futurs prêtres-instituteurs.
Nous étions ses élèves au cours de morale. Son humilité lui faisait dire parfois devant tel problème théorique dont la solution aurait exigé un développement d’une certaine ampleur : « Vous demanderez cela à un docteur ; je n’ai pas été à Rome. » Mais il trouvait dans la connaissance du manuel et dans la lumière que donnait à son âme le contact avec le Christ Prêtre la réponse pratique qui s’imposait. Là où les raisons pour ou contre auraient laissé de plus doctes dans un balancement douteux il disait : « Pratiquement je crois qu’un prêtre devrait agir ainsi. » C’est ainsi qu’il aurait agi lui-même, dépassant toujours le devoir de simple justice, parce que chez lui elle ne se séparait jamais de la charité.
À peine la classe terminée - et il fallait que les séminaristes répondissent aux questions posées par écrit deux fois par semaine avec une précision qui englobait les moindres détails - . Le Déréat donnait une partie de son temps libre aux enfants de la rue Fardel, de la rue Quinquaine, du Préventorium de Saint-Laurent. Son pauvre traitement était mangé d’avance. L’achat de bonbons, d’images, de livres, de matériel de campement obligeait M. l’Économe à lui avancer un trimestre, deux trimestres, parfois toute l’année.

 Curé de Bourbriac

Même détachement, même générosité auprès de la population de Bourbriac, où il gagna d’abord et surtout l’âme des enfants. Charité, oubli de soi, résumés dans une courte phrase : « Ah ! Il faut rendre service ». Souffrance offerte à Dieu et supportée vaillamment, même quand elle mordait la chair : « Bon, cela va très bien aussi ». Tout cela joint à une simplicité et à une piété d’enfant.
Diminué physiquement et intellectuellement par la maladie, il a jusqu’au bout communié, récité son bréviaire et son chapelet. Jusqu’au bout, bien qu’incapable désormais de prendre part à une conversation suivie, il a trouvé un ou deux mots plaisants, rappelant ses répliques pleines d’à-propos et d’imprévu du temps où il jouissait d’une excellente santé.
C’est un bon et saint prêtre qui s’en va, un prêtre d’un dévouement total aux enfants, aux âmes, à l’Église, à Dieu.
La reconnaissance et l’affection de tous ceux, prêtres et fidèles, à qui il a fait du bien, s’exprimeront, j’en suis assuré, par des prières ferventes à son intention, fréquemment renouvelées à l’autel ou au cours de la sainte messe.
Daignez agréer, Monseigneur, etc…"

 Quelques dates

M. Émile Le Déréat, né à Gurunhuel le 11 novembre 1884 ; fils de Pierre-Marie Le Déréat, alors âgé de 30 ans, cultivateur et d’Anne-Marie Caradec, 26 ans, ménagère, demeurant au Cosquer en Gurunhuel. Prêtre le 21 décembre 1907, instituteur à Trémel en octobre 1908, directeur au Grand Séminaire le 7 janvier 1913, chanoine honoraire le 1er février 1926, curé-doyen de Bourbriac le 1er janvier 1932, démissionnaire pour cause de santé le 15 mars 1946, décédé le 20 octobre 1946.
D’après la revue diocésaine La Semaine Religieuse du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, décembre 1946.

 Son frère Guy

Guy-Eugène-Ange-Marie Le Déréat, son frère, également prêtre, est né le 3 janvier 1886 au Cosquer en Gurunhuel et mort accidentellement caporal au 151e Régiment d’Infanterie le 23 mai 1918 à Saint-Jean (Meurthe-et-Moselle), selon sa fiche téléchargée sur « Mémoire des hommes ». (Merci à Xavier Gilbert pour ces précisions !)

Tombeau de la famille de Guy et Emile le Déréat, cimetière de la Trinité à Guingamp. -  voir en grand cette image
Tombeau de la famille de Guy et Emile le Déréat, cimetière de la Trinité à Guingamp.
Plaque tombale de Guy et Emile le Déréat, cimetière de la Trinité à Guingamp -  voir en grand cette image
Plaque tombale de Guy et Emile le Déréat, cimetière de la Trinité à Guingamp

Texte sur la plaque : Abbé Guy-Eugène Le Déréat, mort au Champ d’honneur le 23 mai 1918 à l’âge de 32 ans - Chanoine Emile Le Déréat, ancien curé de Bourbriac, décédé le 19 octobre 1946 à l’âge de 62 ans. (Auffray est le nom du marbrier). (J.P.)

 La construction de la chapelle de Bodfo

La chapelle initiale de Bodfo, dont les soubassements des murs se voyaient encore en 1926, avait quasiment disparu, ses pierres ayant été vendues et réemployées dans diverses constructions. Rebâtir celle qui dans la mémoire populaire marquait l’emplacement du monastère initial de Saint Briac eût été une grosse affaire. Le chanoine Le Déréat fit vœu de faire construire un oratoire (petite chapelle si l’on veut) sur le site. Nous donnons ici le texte qui figure sur un document paroissial datant sans doute de la bénédiction de la chapelle en 1948, et qui fut distribué aux fidèles à cette occasion. On popularisa par la même occasion le cantique « Itron Varia Bodfo » qui se chante encore, et qui fut composé par l’écrivain breton Erwan Ar Moal-Dir-Na-Dor (Yves le Moal) en 1948. Le poète habitait Coadout, tout près de Bodfo donc. On aura noté que le chanoine Le Déréat est décédé sans avoir vu son vœu aller à son terme.

Couverture du document probablement de 1948 commémorant le vœu solennel -  voir en grand cette image
Couverture du document probablement de 1948 commémorant le vœu solennel

 Texte du document paroissial

"En 1944, Monsieur le Chanoine Le Déréat, de vénérée mémoire, curé de Bourbriac, demanda à toute la population de faire un vœu : pour obtenir un terme rapide à la guerre, le retour des prisonniers, la protection de la France, la protection spéciale de la Bretagne, et très spécialement celle de Bourbriac.
Le vœu ci-après fut prononcé en l’église paroissiale le jour du pardon de St Briac, le 3e dimanche de juillet 1944, après les vêpres, devant la statue de la Vierge :
"Si Bourbriac échappe aux horreurs de la guerre, nous promettons, comme gage de notre reconnaissance, et pour en perpétuer le témoignage :
a) d’élever sur les hauteurs de Bodfo un oratoire où, comme au temps de St Briak l’on vous invoquera sous le doux et poétique vocable de Notre Dame de Bodfo. [Bodfo, ou Bod-Fao, signifie en breton « bosquet de hêtres » NDLR]
b) de faire chaque année notre pèlerinage à votre nouveau sanctuaire, spécialement le jour de votre pardon.
Le 27 juin 1948, le vœu est accompli : une chapelle, une petite « sainte chapelle » bretonne se dresse sur les hauteurs de Bodfo.
Grâces en soient rendues :

  • à Monsieur le Chanoine Le Déréat qui fit faire le vœu et qui recueillit la première souscription.
  • à Monsieur l’abbé Le Provost, curé de Bourbriac, qui a réalisé cette promesse en surmontant toutes les difficultés.
  • à M. l’abbé Boulbain, qui fut l’artiste et le « Mestre de l’œuvre ».
  • à tous les artisans du pays qui « besognèrent » avec tant d’amour pour leur douce mère « Itron Varia Bodfo »
  • à tous les généreux souscripteurs ou donateurs."
    La chapelle de Bodfo -  voir en grand cette image
    La chapelle de Bodfo

    Documents ci-dessous en Pdf : recto et verso du document publié par le chanoine Le Déréat lorsque fut prononcé le vœu.

    Avis expliquant la démarche du vœu en 1944 -  voir en grand cette image
    Avis expliquant la démarche du vœu en 1944
    Texte du vœu solennel de 1944 -  voir en grand cette image
    Texte du vœu solennel de 1944

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