Les cloches de l’église Saint-Briac de Bourbriac.

dimanche 1er janvier 2017
par  Jef Philippe
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Deux cloches de l’église viennent de faire un voyage, non pas à Rome cette fois, mais à Trémentines (49), où elles ont été restaurées par l’entreprise Bodet-Campanaire. En effet, elles présentaient quelques problèmes de justesse : on dit parfois que « quelque chose cloche », c’était le cas !
(Photos : Patrick le Floch, Gilbert Mahé, J. Philippe. Cliquer sur les photos, sauf celle de St Briac, pour les agrandir)

Les voilà de retour, et pour le Gloria de ce Noël 2016 elles ont annoncé comme chaque année la Gloire du Seigneur, la gloire de Dieu fait homme en son Fils Jésus.

 Les anciennes cloches : Briac et Suzanne…

Ces cloches ont été précédées par deux autres, qui ont été enlevées du clocher le 7 mars 1922. L’abbé Bertrand Loyer, vicaire à l’époque, consigne l’événement dans son bulletin Le Clocher de St Briac (n° 11, du 12 mars 1922). Celles-ci, avant de retourner en fonderie, « connurent des jours de deuil et de gloire pour la France ; l’une vit les années sombres et sanglantes de la Révolution, subit une réglementation aussi agaçante qu’impie en 1795. [Elles] donnèrent souvent l’alarme en cas d’incendie et de calamité.
Elles carillonnèrent à votre Baptême, à votre première Communion, à votre Confirmation, à votre mariage ; elles tintèrent lugubrement pour les Trépassés, pour nous rappeler le souvenir de nos morts.
La grande cloche est la plus ancienne, elle pèse [800] kg environ et porte cette inscription :
JE ETE.F.POUR SERVIR A DIEU ET A MONSIEUR SAINT BRIAC.DE PAR M CRISTOFLE EN L. MVCCIIIIXX. PEPIN FONDEUR.CITTE.LACHATER.DIOURON.TRESORIERS. » (= J’ai été fondue pour servir à Dieu et à Monsieur Saint Briac, de par M. Cristofle en l’an 1724 de par M. Christofle en l’an 1724. Pépin fondeur. Citté. Lachater.Diouron. Trésoriers.)
Le parrain pourrait être Christophe Roux de Coatando, marié à Catherine-Pélagie Berthelot, dame du Helloc’h.

La seconde cloche, de dimension moindre, est la plus récente. Elle porte [le nom de] : Suzanne Renée Perrine. Parrain M. René-Pierre Lozahic, trésorier. Marraine, dame Suzanne le Grontec, épouse de M. Ambroise Guillou, juge de paix. M. Guillou Kergoat, président. Pierre-Jean Gautho, curé ; Yves-Marie Le Roy, maire, René-Pierre Lozahic, trésorier, Joseph Le Graet, Yves Le Moal, membres du Conseil. Fondu par Briens à Morlaix 1836. » Ces noms sont ceux des membres du Conseil de Fabrique, ancêtre de l’EAP, qui gérait les affaires matérielles de la paroisse.
Et l’abbé Loyer d’ajouter : « Vieilles cloches, vous allez disparaître et vous emporterez avec vous deux siècles de l’histoire de Bourbriac. Nous vous aimons, mais vous voulez céder la place à quatre filles, à quatre belles cloches plus dignes de notre beau clocher. »

 Les nouvelles « messagères de Dieu » (1922)

Le 2 avril, le vicaire rendait compte de l’arrivée des nouvelles cloches. Elles arrivèrent par la Gare, où elles ne passèrent pas inaperçues ! Il annonçait le baptême des cloches pour le dimanche 23 avril, fête de la Quasimodo. Le vicaire général Le Pennec, « celtisant émérite », au nom de l’évêque, les bénira. Déjà on connaît le poids de ces respectables matrones : 1612 kg, 1115 kg, 766 kg, 440 kg. « Total, avec 4 coussinets de 8 kg chacun : 3951 kg. » Près de 4 tonnes… Elles viennent de la fonderie Cornille-Havard à Villedieu-Les-Poëles.
Le n° 17 (30 avril 1922) du bien nommé Clocher de St Briac sera consacré au compte-rendu de cette brillante journée festive. Retenons les aspects les plus informatifs.

L’abbé Guillou, curé-doyen de Bourbriac, est radieux : c’est lui qui a pris l’initiative de ce remplacement, et il accueille une foule considérable. Le vicaire général Le Pennec, en un sermon mémorable, rappelle le rôle salutaire joué par des cloches dans diverses situations dramatiques. Puis il bénit les quatre « messagères de Dieu ». « Briac révèle […] un Do grave et vibrant. […] Marie chante le Ré, Jeanne d’Arc sonne le Mi ; Marguerite-Marie bat un Sol clair et harmonieux, [et l’on obtient] un […] beau carillon imaginé par un de nos compatriotes, brillant musicien, l’abbé May, recteur de Saint-Quay-Perros. »
Puis vient la messe solennelle, où alternent « les grandes orgues et l’harmonium », « On sent dans cette église une joie extatique quand à l’offertoire l’organiste du jour nous fait entendre une improvisation musicale dont la nouvelle sonnerie et le cantique patronal sont le thème. » Cet organiste talentueux était l’abbé Édouard May, qui avait déjà participé en 1901 à la bénédiction de l’orgue de bourbriac. Quant à l’assistance, elle est « telle que Bourbriac n’avait vue de mémoire d’homme ».
Deux chorales soutiennent en breton et en latin le chant de l’asseùblée.
L’après-midi, Vêpres solennelles, Salut du Saint Sacrement, et spectacle de gymnastique offert par le Stade Charles de Blois.

Deux cloches avant leur rénovation

Le n° 18 du Clocher de Saint Briac (7 mai 1922) donne les noms des cloches et de leurs parrains (originaires de Bourbriac ou des environs) :

  • Briac-Yves-Marie : parrain le chanoine Yves le Men, curé-archiprêtre de Guingamp, né à St-Norgant.
  • Marie : l’abbé E. May (curé de St-Quay-Perros, et organiste), de Bourbriac.
  • Jeanne d’Arc : l’abbé Yves Hervé, recteur de Plufur.
  • Marguerite-Marie : l’abbé Le Lay, professeur au Collège Notre-Dame de Guingamp.

 L'état-civil des cloches

Le Clocher du 21 mai précise l’intégrité des inscriptions figurant sur les quatre cloches :
1re cloche : Briac

Effigie de Saint Briac sur une cloche à son nom

Le 23 avril 1922, sa SS [Sainteté] Pie XI étant pape ; sa G[randeur] Mgr Morelle, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier,
J’ai été bénite par M. le Chanoine Le Pennec, Vicaire Général.
L’abbé J.M. Guillou, curé-doyen.
L’abbé B. Loyer, vicaire.
Y. Personnic, Conseiller Général, Maire.
Joseph Hillion, avocat, Joseph Lozahic, Gme Le Méner, Yves-M. Le Gall, Yves Hervé, Conseillers Paroissiaux.
M. Le Chanoine Yves-Marie Le Men, archiprêtre de Guingamp ; Mlle Marie-Mélanie-Joséphine Hillion, m’ont nommé Briac, Yves, Marie.

2e cloche : Marie
Le début de l’inscription est le même que pour Briac. Puis :
MM les abbés E. May, Y. Hervé, Eugène Chermat, Ludovic Chermat, Joseph Le Lay, Jean-Fçs Quémer (Yves Le Troadec, Emmanuel Le Méner) prêtres de Bourbriac.
L’abbé Edouard May, chevalier de la Légion d’Honneur et Madame Veuve Guillaume Le Gall, née Jeanne Pommeray, m’ont nommée Marie.

3e cloche : Jeanne d’Arc
Le début de l’inscription est le même que pour Briac. Puis :
En reconnaissance de la Victoire et en souvenir des soldats de Bourbriac morts pendant la guerre.
J’ai pour parrain M. Yves-Marie Hervé, recteur de Plufur, et pour marraine Jeanne-Yvonne Le Diouron.
Offert par les jeunes filles de la paroisse.

4e cloche : Marguerite-Marie
Offerte par les élèves des écoles chrétiennes de Bourbriac.
J’ai été nommée Marguerite-Marie par M. l’abbé Joseph Le Lay, professeur à l’Institution Notre-Dame, Guingamp, et Mlle Anne-Yvonne Tilly.
Cornille-Havard, fondeur, Villedieu.
E. Le Jamtel. Guingamp
(Nota : E. Le Jamtel, commerçant de Guingamp, avait fait le lien commercial et technique avec le fondeur).

Les deux cloches rénovées

Ainsi va la vie des cloches… En 1990, Jean-Louis Carsin, qui enregistrait une cassette d’orgue dans l’église (avec l’organiste Michel Ghesquière), avait bien voulu enregistrer aussi nos cloches : on peut les écouter en illustration de cet article. Restaurées, telles qu’on les entend en 2017, elles ont un son plus clair, plus cristallin.


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