Relais de Magoar
Jeudi 7 novembre 2013 — Dernier ajout samedi 13 février 2016

Patrimoine de Magoar : les croix

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L’ancien Cahier de Paroisse de Magoar permet de retracer l’histoire des croix de cette ancienne paroisse (aujourd’hui relais) : croix du bourg, de Kérantourc’h (la plus ancienne), Croix-Rouge et une autre sur la route de Plésidy, croix de Coat-Piquet. (Photos : Jef Philippe)

I - Les croix du bourg

1) la croix du cimetière

C’est une croix de Mission, œuvre de l’atelier Hernot (Lannion). Le 1er Décembre 1872 une mission fut donnée à Magoar. Une souscription fut lancée pour la croix du cimetière ; elle rapporta 179 francs (35 donateurs, de 1 à 40 francs), le coût total s’élevant à 950 F. La bénédiction fut faite sans doute le 14 décembre après les vêpres par le Père Rot, jésuite ayant prêché la mission avec son confrère le Père Le Moigne.Croix du cimetière (par Hernot) -  voir en grand cette image Le piédestal porte la date de 1872 et l’inscription latine : « O Crux ave, spes unica » (salut, ô croix, unique espérance). C’est le premier verset de la 6e strophe de Vexilla regis, hymne de Venance Fortunat (VIe siècle). Une autre inscription, fréquente sur les calvaires d’Hernot situés dans les cimetières, est enroulée autour du fût de la croix : "O vos omnes qui transitis per viam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus" (Ô vous qui passez par ce chemin, prêtez attention et voyez s’il est une douleur pareille à ma douleur.) C’est une citation des Lamentations de Jérémie, (Jr 1, 12.) Maurice Raoult, maire, assista avec tout le Conseil Municipal à la bénédiction. Le recteur était François-MarieLe Beaudour. Diverses indulgences sont accordées à ceux qui visiteront cette croix.

2) La croix de la place

"Le 7 juin 1885, jour du grand pardon, a été bénite la croix qui se trouve sur la place, au milieu d’une foule immense de pélerins, dévots à St Gildas. Magoar : croix du bourg et église St Gildas -  voir en grand cette image Mgr Bouché y a attaché une indulgence de 40 jours pour toute personne disant 5 pater et 5 ave." Cette croix est honorée chaque année lors de la Fête-Dieu : c’est auprès d’elle que se recueille l’assemblée des fidèles avant que la procession ne retourne à l’église. Par la suite, à une date indéterminée, cette croix servit de Monument aux Morts : elle porte encore les plaques sur lesquelles sont inscrits les noms de soldats morts aux deux guerres mondiales. L’actuel Monument aux Morts a été construit plus récemment, au bord de la place.

II - La croix de Kérantourc’h

Elle est bien à l’écart des routes fréquentées, la croix de Kérantourc’h ! Il faut bien regarder pour la repérer, à l’entrée du village de ce nom. Insérée dans la végétation, on ne la remarque guère. Pourtant, par son ancienneté, elle mérite notre considération.

L’ancien Cahier de paroisse de Magoar nous informe que cette croix porte deux inscriptions. La plus ancienne, qui est aussi la plus lisible, court sur les faces ouest et sud du socle. Avec de bons yeux on peut lire : « Maistre Yves le Meur père a faict faire ceste croix l’an 1576 ». Le rédacteur du Cahier de Paroisse a cru lire « prestre » mais c’est bien « Père » que l’on voit à l’aide de la photo. L’autre inscription, plus difficile à lire, indique que la croix a été restaurée au XIXe siècle : « Louis Tanguy [& ? J ?] O. Cocguen, Guillossou ont fait refaire cette croix 1812. » J’ai placé entre crochets un signe difficile à déchiffrer.

Ainsi, en 1812, soit quelques années après le Concordat de 1804 qui ramena la paix religieuse dans notre pays, des familles ont rénové la croix de leur village en signe d’une piété renouvelée après les persécutions révolutionnaires.

Inscriptions sur la tour et l’église de Magoar

Cette croix est donc contemporaine de la tour de l’église de Magoar, comme en témoigne l’inscription relevée par René Couffon en 1937 : « En l’an 1587 le 2 jour de may fut comance cette tour ».

Puisque nous y sommes, voici l’inscription latine qui court le long du mur extérieur côté cimetière : « Hoc pietatis opus pietas dedit alma piorum sic pius dona dabis si pius esse cupis 1717 ». Traduction du Cahier de paroisse : « cette œuvre pieuse est le fruit de la profonde foi des fidèles ; et toi, si tu te prétends un vrai fidèle, agis de même. » La traduction mot-à-mot serait un peu différente, mais c’est là le sens.

III- Route de Plésidy : a) La Croix Rouge

Elle se trouve à gauche sur la route de Plésidy à l’embranchement de la route de Guerguiniou. Cette nouvelle croix a été érigée le 28 septembre 1933. Elle a remplacé une autre en bois qui tombait de vétusté. Cette dernière a remplacé une autre croix de pierre qui avait disparu (le soubassement est celui de l’ancien La Croix Rouge, route de Plésidy -  voir en grand cette image calvaire du cimetière). Ce calvaire est dû à M. Auffray, marbrier à Guingamp, coûta la somme de 1600 F. Mis en place, il a été béni solennellement le dimanche 29 octobre 1933, jour de la fête du Christ Roi, par M. le chanoine Le Déréat, curé-doyen de Bourbriac.

b) Autre croix sur la route de Plésidy, à droite.

Croix route de Plésidy sur la droite. -  voir en grand cette image
Croix route de Plésidy sur la droite.

IV- La croix de Coat-Piquet (1822 ?)

Le 26 octobre 1842, venues du couvent de Monbareil à Guingamp, les Filles de la Croix s’installent à Coatpiquet d’où elles seront expulsées en 1909, suite à la séparation de l’Église et de l’État. C’est en 1900 que fut bâtie leur chapelle, qui sera d’abord vendue comme bien national, puis restituéeCroix de Coat-Piquet -  voir en grand cette image par testament en 1930 aux religieuses de Montbareil par l’ancien maire M. Raoult. Dédiée à sainte Philomène, on y célébra un pardon chaque année jusqu’en 1952. Elle fut démantelée par la suite, après 1969.

Ancienne chapelle Sainte-Philomène, Coat-Piquet -  voir en grand cette image
Ancienne chapelle Sainte-Philomène, Coat-Piquet

La croix de 1822, située à l’entrée du chemin du village, est donc antérieure à l’arrivée des Filles de la Croix. Le Cahier de paroisse nous apprend qu’il y avait "une école à Coatpiquet avant l’arrivée des sœurs. De 1709 à 1741, s’y trouvaient les frères Jégou Yves et Guillaume, dont au moins l’un était prêtre." Ainsi la vocation pédagogique de ce village était déjà affirmée. (Jef Philippe, d’après le Cahier de Paroisse)