Un mémorial dans l’église de Bourbriac : les noms des morts de 14-18 gravés dans le marbre

lundi 19 novembre 2012
par  Jef Philippe
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Il y a normalement un monument aux morts dans chaque commune. Ce que l’on sait moins, c’est que souvent ils furent précédés par des plaques plus modestes placées à l’intérieur de certaines églises. Parfois, comme à Coadout, l’église est seule dépositaire du mémorial. À Bourbriac, dans le bas-côté gauche de l’église, c’est tout un monument qui a été scellé dans un enfeu (ancienne niche funéraire autrefois réservée à une famille noble). Son originalité vient de la part importante qu’y prend la langue bretonne : un poème en trois strophes se déploie comme une frise au sommet des plaques, et, en bas, on peut lire une courte prière en deux vers. Seuls, vis-àvis de cette dernière, deux vers français de Charles Péguy font allusion à la guerre : « Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles / Couchés dessus le sol à la face de Dieu ».

En souvenir des valeureux Poilus, voici, suivi de sa traduction, le relevé de ce poème en breton dont l’auteur n’est pas indiqué. Il pourrait s’agir du coadoutais Erwan le Moal (Dir na Dor), lui-même rescapé de la Grande Guerre. Cependant il est plus probable que ces vers aient été signés de l’abbé Bertrand Loyer, alors vicaire, fin lettré et poète, également ancien combattant. En effet, lorsqu’il raconte la bénédiction du monument en avril 1920 par Mgr Dubois de la Villerabel, évêque d’Amiens, il ne mentionne pas ce poème ; cette discrétion pourrait avoir valeur de signature, sans autre certitude. Nous avons respecté l’orthographe du poème en breton. Les trois strophes sont lues de gauche à droite.

Ar vamm
Gwir eo ’ta p’hen luskellen, bihan, en e gavel
E oa da rei da lahan e vagen ma bugel
Kaled eo ma flanedenn n’ouian ken met gouelan
Me ’garje bezan gallet rei ma buhe vitan

La mère
Il est donc vrai que quand je le berçais, petit, dans son berceau,
C’était pour le donner à tuer que je nourrissais mon enfant.
Dur est mon destin, je ne sais plus que pleurer,
J’aurais voulu pouvoir donner ma vie pour lui.

He mab
Betek Mamm Jezuz, pignet ma mamm war ar halvar
Ganti epken ho pezo dizamm en ho klac’har
Vel neus he mab hon frenet er groaz dre e varo
Ho mab c’houi, en eur vervel zikour da zifen ar vro

Son fils
Jusqu’à la Mère de Jésus, montez, ma mère, sur le calvaire,
Avec elle seule vous aurez un soulagement dans votre douleur.
Comme son Fils nous a rachetés sur la croix par sa mort
Votre propre fils, en mourant aide à défendre le pays.

Ar soudardet lazet
Ober kanvou zo dleet, hon Zalver a ouelas
Gant Madalen ha Marta war o breur pa varvas
Breman pedet evidomp ha roet aluzen
Vit ma vo er Purgator berroc’h hon finigen

Les soldats tués
Il faut porter le deuil, notre Sauveur pleura
Avec Madeleine et Marthe sur leur frère quand il mourut.
À présent priez pour nous et donnez l’aumône
Afin qu’au Purgatoire soit plus courte notre pénitence.

Inscription en breton au bas de la partie gauche sous les noms des soldats morts :

O ma Jezuz leun a Drugare
Euz an anaon bezet true

O mon Jésus plein de miséricorde
Ayez pitié des défunts

Dans son bulletin « Le Clocher de Bourbriac » du 2 mai 1920, l’abbé Loyer évoque avec émotion l’allocution que prononça en chaire l’évêque d’Amiens : « avec quels accents il parle des soldats qu’il a vus de si près puisqu’il est l’évêque de la Somme ! » Il faudra attendre 1923 pour que soit érigé et inauguré officiellement le monument actuel sur la place, qui fut béni en 1924.

La commémoration des morts de la Grande Guerre en Bretagne, par le biais de l’étude des monuments aux morts des cinq départements, fait actuellement l’objet d’une thèse de Mme Joëlle Lefoulon.

Cet article, sans le texte en breton, a été publié dans L’Écho de l’Armor et de l’Argoat dans son édition du 7 novembre 2012.


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