Homélie pour le dimanche 10 janvier 2021 : baptême de Jésus Enregistrer au format PDF

Vendredi 8 janvier 2021
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Homélie du diacre Jef Philipe pour le dimanche 10 janvier 2021
Is 55, 1-11 ; 1 Jn 5, 1-9 ; Mc 1, 7-11 (baptême de Jésus)
Ces trois versets de l’évangile de Marc rapportent un moment essentiel de la vie de Jésus : son « entrée dans la vie active » en quelque sorte. Jean le Précurseur s’efface devant celui qui, dit-il, « est plus fort que [lui] ».

Dimanche dernier, les catholiques ont fêté l’Épiphanie, la manifestation de Jésus, fils de Dieu incarné, au monde que représentent les Mages. Pour les chrétiens orientaux, c’est lors de son baptême, de sa « plongée » dans les eaux du Jourdain, que s’est manifestée sa divinité : ils emploient à ce sujet le terme de théophanie. Ce baptême constitue le moment de la révélation (ou manifestation) de Jésus comme « Fils bien-aimé » de Dieu. La voix du Père, l’Esprit symbolisé par une colombe, nous introduisent au mystère de la Sainte Trinité : la Nouvelle Alliance est en marche ! Nous pourrons approfondir ces notions, mais penchons-nous d’abord sur la commune attitude de Jean et de Jésus : l’humilité.

Humilité, solidarité

L’humilité est en effet la marque de ce bref extrait. Jean était une star de son temps ! Les Juifs pieux qui venaient vers lui pour chercher un chemin de conversion constituaient une élite, non pas au sens social du mot mais au sens religieux. Une élite de foi, marquée par un désir de plaire à Dieu, de mieux respecter la loi dictée à Moïse. Une grande quantité de fidèles mus par l’humilité : seul se convertit celui qui connait sa faiblesse et désire changer de vie. Humilité du Baptiseur : au sommet de sa popularité, il s’efface devant ce Jésus, issu d’un village inconnu et d’une région méprisée. La Galilée, en effet, était une terre mal considérée car elle accueillait beaucoup de païens. Humilité de Jésus : Dieu fait homme se rabaisse au rang des pécheurs ! Bien sûr il n’a pas commis de péché, il n’a pas à se convertir. Mais son horizon est celui du salut de notre humanité : sur la Croix, il assumera tout le péché du genre humain. C’est ce qu’écrira l’apôtre Paul aux Corinthiens : « Celui qui n’a point connu le péché, [Dieu] l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu » (2 Cor. 5, 21). Alors, Jésus commence par recevoir ce baptême d’eau proposé par Jean. Il se rend solidaire de ses frères et sœurs que nous sommes. Homme parfait, il s’identifie à l’homme pécheur, le péché étant la plus grande des pauvretés. Peut-on dire pour autant que son baptême a quelque chose à voir avec le nôtre, celui que nous avons reçu dans l’ignorance et l’innocence de notre enfance, ou à la suite d’un choix raisonné d’adulte ?

Baptême dans l’eau, baptême dans l’Esprit

Le baptême offert par Jean est un signe de conversion. Chaque juif pieux est invité à évaluer sa fidélité à la Torah, la Loi. Sa plongée dans les eaux du fleuve est le signe de son désir d’aller plus loin dans son observance de la volonté divine. Dans un passage de l’évangile de saint Luc (Lc 3, 10-14), Jean invite au partage des biens, il demande aux collecteurs d’impôts d’être honnêtes, et aux soldats de ne pas molester le peuple. C’est ce qu’il appelle « produire des fruits qui confirment [leur] changement d’attitude » (Lc 3, 8). C’est ce qu’il appelle « préparer les chemins du Seigneur ». Son baptême constitue une démarche symbolique. Sortir de l’eau c’était s’opposer aux forces du mal, par un effort personnel de conduite. Ce n’était pas le salut offert par Dieu seul. Jean en est conscient : le baptême que Jésus proposera un jour sera d’une autre nature : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint ».
De fait, si Jésus reçoit le baptême de Jean, il donnera par la suite un nouveau sens à ce mot. C’est encore saint Luc qui rapporte cette parole de Jésus (Lc 12, 50) : « Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde qu’il soit accompli ! » La « plongée » en question, allusion à sa Passion qui approche, est une immersion dans la souffrance, en vue d’apporter au monde le salut par le don total de sa personne, don qui se manifestera ensuite par sa résurrection. Ce baptême apporte donc le salut. Lors de la Pentecôte, l’Église (vous et moi) recevra la mission de porter au monde cette Bonne Nouvelle et de répandre le « feu » du baptême dans l’Esprit Saint. Ce feu doit nous donner de répandre de proche en proche l’Amour de Dieu, par la charité, par la propagation de la Parole divine. Aujourd’hui nous appelons cela « vivre son baptême », à savoir mener une vie conforme aux exigences de l’Évangile.
L’apôtre Jean (2e lecture) éclaire quelque peu cette conception du baptême-sacrement : « Tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements… » On sait de quoi il retourne : aimer Dieu, aimer son prochain. Par ailleurs Marc nous dit que Jésus, sortant de l’eau, « vit les cieux se déchirer ». Quand Jésus aura donné sur la croix sa dernière goutte de sang, le voile du temple se déchirera également (Mc 15, 38), car il n’y aura plus de séparation entre Dieu et son peuple. Ce rétablissement de la communication avec le Père (interrompue par le péché originel) est déjà à l’œuvre dans la théophanie du Jourdain.

Un passage bref, donc, mais essentiel au point de vue du sens ! Jésus commence sa vie publique dans la lumière de l’Esprit ; mu par le Père, il nous ouvre les cieux… Depuis ce jour, nous pouvons entendre au tréfonds de nos cœurs cette parole qui s’adresse aussi à chacune et chacun d’entre nous : « Tu es mon fils (ma fille) bien-aimé(e) ; en toi, je trouve ma joie. » En ce début d’année, souhaitons que chaque fidèle puisse en 2021 progresser sur le chemin de l’humilité, de la solidarité, dans une démarche de conversion en signe de fidélité aux promesses de notre baptême. Et que nous proclamions notre joie de nous découvrir filles et fils bien-aimés du Père.
Jef Philippe, diacre permanent

Baptême de Jésus par Le Hénaff Basilique de Guingamp

Prière de Michael Lonsdale pour prolonger la méditation

M Lonsdale

Père, garde-moi le goût de vivre, de jubiler pour Toi.
Que la nostalgie, la fatigue, la morosité, le manque d’élan soient évacués,
pour laisser place à l’éblouissement, une ouverture du cœur,
toutes choses saintes, amicales, généreuses.
Que la porte du cœur, généralement entrouverte
soit poussée et que Tu viennes chez Toi,
dans l’essence même de notre être.

Visite, occupe, assainis tous les recoins !
Fais sauter les gonds, que rien ne Te soit dissimulé.
Que le soleil que Tu es fasse le grand ménage printanier.
Installe-toi, occupe Ta maison, Tu es là, Seigneur, chez Toi.
Viens, entre, vite, vite !
Amen.