Patrimoine sacré de Saint-Adrien / Glad sakr Sant-Drien Enregistrer au format PDF

Vendredi 21 décembre 2018 — Dernier ajout samedi 22 décembre 2018
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Saint-Adrien, en Côtes d’Armor (22), est une commune aux dimensions modestes, mais son patrimoine n’en est pas moins intéressant, et témoigne d’une présence humaine assez ancienne. On trouvera ici une évocation de son patrimoine religieux.

Aux origines

Saint-Adrien s’appelait jadis en breton Sant-Rien (saint Rien ou Rion). On relève en 1181, sur l’île de Bréhat, un lieu nommé Sanctus Rihen (Saint Rion). Puis Saint-Rien devient Saint-Drien, et enfin Saint-Adrien en 1682. Les autorités ecclésiastiques ont dû remplacer le saint breton trop peu reconnu par un Adrien au nom assez proche et recensé dans les annales romaines. Cependant, à cause d’une représentation dans un vitrail, l’historien guingampais Sigismond Ropartz pense que l’église est dédiée non pas au soldat romain (martyr) évoqué dans le cantique du pardon, mais à « saint Adrien, abbé de Cantorbéry au VIIIe siècle », car il était représenté en évêque.

Saint Adrien en évêque (chœur de l'église)
Saint Adrien en évêque (chœur de l’église)

Le Mercure gallo-romain de Penn-Lann

Cette statue d’une divinité païenne prend place dans cet article à titre d’hommage aux croyances de ceux qui nous ont précédés sur ce territoire. La foi chrétienne a supplanté leurs cultes, mais ils témoignent de la recherche spirituelle de l’humanité depuis les temps anciens.
C’est un privilège pour la commune de Saint-Adrien de posséder une statue gallo-romaine, aujourd’hui au bourg, mais à l’origine près de Penn-Lann, à proximité d’une voie ancienne reliant le nord au sud de la Bretagne.
Elle fut trouvée dans un champ nommé "maez mut-sant" ou "park mut-sant", le champ du saint muet, ou plus exactement le champ de la statue muette, c’est-à-dire inconnue. Très mutilée, elle devait mesurer près de 2 m de hauteur. "La statue du dieu est accompagnée du bélier, animal associé au culte des ancêtres."
Le dieu romain Mercure (ou, chez les Grecs, Hermès) "fusionna dans le panthéon gaulois avec le dieu Lug. Ce Dieu était invoqué pour la protection des "biens domestiques et agricoles", mais aussi pour la protection des marchands, des voyageurs et… des voleurs, d’où sa présence près d’un axe routier.
Cette statue est déposée au sommet du bourg, du côté opposé à la mairie.
(Citations d’après la revue Pays d’Argoat n°6 (1986), pp 36-37)

Le Mercure gallo-romain (arrière, avant)
Le Mercure gallo-romain (arrière, avant)
Le Mercure gallo-romain
Le Mercure gallo-romain

L’église Saint-Adrien

L'église Saint-Adrien (1869)
L’église Saint-Adrien (1869)

L’église Saint-Adrien date de 1869 ; elle était auparavant sous le vocable de saint Rion. Construite d’après les plans et par l’entreprise de M. Le Besque, elle a succédé à une ancienne église fondée par Guillaume de Cléauroux, seigneur de Kerauffret. On a conservé le porche ouest datant de la fin du XVe siècle. Ce porche est surmonté du blason des Coatrieux (seigneurs de Kerauffret et de Kercoatrieux). Au chevet, vitrail du XVIe siècle. (Notes d’après Couffon).

Frise dans la tour
Frise dans la tour
La Crèche de Noël, œuvre de Denis F.
La Crèche de Noël, œuvre de Denis F.
Mémorial de la Grande Guerre dans l'église
Mémorial de la Grande Guerre dans l’église
Panneau au bas du mémorial (pietà)
Panneau au bas du mémorial (pietà)
Meuble de sacristie
Meuble de sacristie
Christ ancien
Christ ancien
ménestrel et crucifix (transept sud)
ménestrel et crucifix (transept sud)

Le calvaire du cimetière de Saint-Adrien (22)

Calvaire de Saint-Adrien (22)
Calvaire de Saint-Adrien (22)

Le calvaire de Saint-Adrien comprend deux parties : la première, constituant son socle, est de la fin du XVe siècle et peut, par sa configuration, se comparer à celui du calvaire la chapelle du Paradis en Pommerit-Le-Vicomte (22). Cette base supporte une croix de 1894, sortie des ateliers Hernot à Lannion.
L’intérêt de ce socle est double. D’abord, c’est ce qui reste d’un calvaire monumental ancien, probablement détruit à la Révolution de 1789. Ensuite, il est orné des statues des douze apôtres. Essayons d’y voir plus clair.
L’ancien calvaire (XVe siècle)
Le socle orné des statues d’apôtres a été heureusement conservé. On peut en identifier certains, mais pas tous.

Apôtres (face nord)
Apôtres (face nord)
Apôtres (face sud)
Apôtres (face sud)
Apôtres (face Est)
Apôtres (face Est)
Apôtres (face ouest)
Apôtres (face ouest)


Dans l’église ont été remisées quatre statues, dont trois viennent de la partie ancienne du calvaire qui a été vandalisé. Il s’agit d’un Christ au Jardin des Oliviers (Jésus se recueille – Il ne dort pas ! – juste avant son arrestation le Jeudi Saint), un Christ aux liens (Jésus attaché reçoit des coups), et d’un soldat qui tient à la main le fouet dont il se sert pour flageller Jésus. Ce sont des scènes habituelles des calvaires. Cependant, le Jardin des Oliviers et la Flagellation ne figurent que sur les calvaires d’une certaine dimension, ce qui signifie que celui de St-Adrien comportait plusieurs scènes de la Passion ; c’était un monument d’une certaine importance.

Trois statues rescapées de l'ancien calvaire de Saint-Adrien (22)
Trois statues rescapées de l’ancien calvaire de Saint-Adrien (22)


La croix moderne (Y. Hernot, 1994)
Quant à la partie moderne, signée Hernot et datée de 1894, elle fut offerte par des personnes dont les noms figurent sur la base de la Croix. Il n’est pas dit que cette croix ait été érigée à l’occasion d’une mission, comme c’est souvent le cas, mais ce n’est pas impossible.

Inscription sur le fût de la croix (et traduction)
Inscription sur le fût de la croix (et traduction)
Inscription sur la base de la croix (Est)
Inscription sur la base de la croix (Est)
Inscription sur la base de la croix (Est) : photo
Inscription sur la base de la croix (Est) : photo
Inscription sur la base de la croix (ouest)
Inscription sur la base de la croix (ouest)
Inscription O Crux Ave
Inscription O Crux Ave


On notera qu’en cette fin du XIXe siècle l’Église de France est soumise à une forte pression politique qui aboutira en 1905 à la loi de séparation de l’Église et de l’État. Cette réfection d’un calvaire qui fut détruit en haine de l’Église pourrait apparaître comme un acte de réparation, en même temps qu’un acte de résistance consistant à élever vers le ciel, bien en évidence, la bannière que constitue le Christ en Croix. On relève le nom de Bizien du Lézard : cette famille possédait le manoir du Lézard, situé en Bourbriac mais non loin de Saint-Adrien. La chapelle de ce manoir (voir plus loin dans cet article) est en St-Adrien. La Marquise De Bizien du Lézard était probablement une des donatrices ayant financé la Croix. Voir par ailleurs l’article suivant qui évoque cette même famille (Bizien du Helloc’h cette fois) :http://paroisse-bourbriac.catholique.fr/Eglise-de-Bourbriac-l-inscription.html

La chapelle Saint-Jean-Baptiste du Lézard

La chapelle Saint-Jean-Baptiste de Lézard (édifice rectangulaire du XVII-XVIIIe siècle, remanié au XIXe siècle) fut abandonnée dans les années 1960. Grâce à un dynamique comité de quartier, elle a progressivement été restaurée. "En 2004, écrit Gilbert Mahé, un groupe de bénévoles décide de la faire revivre et crée une association. La chapelle étant privée, un bail est signé avec le propriétaire. Après défrichage, restauration du porche et des murs, réfection de la charpente, sablage des murs intérieurs, réalisation de deux portes et de l’autel, la cérémonie religieuse est relancée dès l’année 2006." Chaque année a lieu le pardon de saint Jean-Baptiste, patron de la chapelle. (Voir l’article : https://paroisse-bourbriac.catholique.fr/Saint-Adrien-Le-Lezard-Pardon-de.html)

Chapelle du Lézard au début de sa restauration
Chapelle du Lézard au début de sa restauration
Pardon du Lézard 2010
Pardon du Lézard 2010
Vitrail Coquar : inscription
Vitrail Coquar : inscription

Il s’agit d’une ancienne chapelle privée attachée au château du Lézard (Kastell Lezarzh en breton) dont le château, situé de l’autre côté de la route, se trouve en Bourbriac.

Bourbriac : manoir du Lézard
Bourbriac : manoir du Lézard

Le 29 juin 2014 ont été bénis les vitraux de la chapelle du Lézard en présence de Christine Cocar, maître verrier. Voir le reportage : https://paroisse-bourbriac.catholique.fr/Saint-Adrien-benediction-des.html

Chapelle du Lézard : vitrail de Christine Cocar (2014) Baptême du Christ
Chapelle du Lézard : vitrail de Christine Cocar (2014) Baptême du Christ
Chapelle du Lézard avant restauration : intérieur 1
Chapelle du Lézard avant restauration : intérieur 1
Chapelle du Lézard avant restauration : intérieur 2
Chapelle du Lézard avant restauration : intérieur 2
Chapelle du Lézard avant restauration : fenêtre
Chapelle du Lézard avant restauration : fenêtre
Chapelle du Lézard écusson dans le mur extérieur
Chapelle du Lézard écusson dans le mur extérieur

Chapelle de Kerauffret

Dans le patrimoine de Saint-Adrien figure encore la chapelle privée de Kérauffret -1772). Manoir et chapelle appartenaient à la famille De la Rivière, où figurent les grands-parents maternels du fameux général de la Fayette. Édifice rectangulaire placée sous les patronages successifs de sainte Barbe et de saint Charles, elle fut considérée comme désaffectée en 1940.

Le Monument aux Morts

Outre le Mémorial en bois situé dans l’église, la commune de Saint-Adrien possède un Monument aux Morts, situé devant la mairie. Celui de 1914-1918, arborant fièrement son Poilu, a été complété par des stèles adjacentes (guerre de 39-45, hommage aux Anciens d’AFN).

Mairie et Monument aux morts de St-Adrien (22)
Mairie et Monument aux morts de St-Adrien (22)
Monument aux morts de Saint-Adrien (22)
Monument aux morts de Saint-Adrien (22)
Vitrail Coquar : Trugarez d'an holl / Merci à tous
Vitrail Coquar : Trugarez d’an holl / Merci à tous